Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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mardi 27 janvier 2015

Auschwitz: récupération et symboles

Aujourd'hui, 70e anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz. 
Plus jamais ça. Formulons également un autre "plus jamais ça".

Plus jamais de récupération bassement politique de la tragédie des camps, comme il vient de se produire aujourd'hui.



Sur fond de conflit en Ukraine, où la Pologne soutient Kiev contre les rebelles russophones du Dombass, le gouvernement polonais a fait preuve d'une dramatique inélégance. Les autorités qui gèrent le camp d'Auschwitz n'ont pas officiellement convié le président russe Vladimir Poutine aux commémorations du 70e anniversaire. C'est un peu comme si on n'avait pas invité Barack Obama pour célébrer le débarquement en Normandie

Pour enfoncer le clou, le ministre polonais des Affaires étrangères, Grzegorz Schetyna, a déclaré aux médias polonais que le camp  d'Auschwitz avait été libéré par les Ukrainiens. Et non par les Russes, souhaitait-il faire passer. 

Comme disait Churchill, "il n'y a peu de vertus que les Polonais ne possèdent et peu d'erreurs qu'ils n'aient commises". En refusant d'inviter Poutine, c'est tout le peuple russe qui est insulté et humilié. Un peuple russe qui est fier de sa "Grande guerre patriotique" contre le "fascisme", de 1941 à 1945, pendant laquelle 20 millions de Soviétiques périrent, civils et militaires compris. Bien qu'elle soit abondamment exploitée par le régime de Poutine, cette guerre est une donnée culturelle fondamentale en Russie. Ne pas inviter Poutine et retirer aux Russes la libération d'Auschwitz constituent une véritable gifle à leur égard. 


Il y a peu de vertus que les Polonais ne possèdent et peu d'erreurs qu'ils n'aient commises. :

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En déclarant que Auschwitz fut libéré par les "Ukrainiens", Grzegor Schetyna annonce un mensonge sous couvert de vérité: ce sont bien les unités du premier front ukrainien de l'Armée rouge qui ont libéré le camp. Mais ces Ukrainiens étaient Soviétiques, soldats de la Grande Russie rouge, non d'une Ukraine indépendante. Rien à voir avec l'Ukraine actuelle, comme le ministre polonais des Affaires étrangères voulait sous-entendre. Le ministre russe des Affaires étrangères s'est emporté: "Il est bien connu qu’Auschwitz a été libéré par l’Armée rouge, qui était constituée de différentes ethnies, il ne faut pas ridiculiser l’histoire ainsi". 

Ce double incident est du pain béni pour la propagande russe. L'Occident nous déteste, et il pactise avec les "néo-nazis" ukrainiens. En effet, Moscou n'a de cesse, depuis le début de la crise ukrainienne, de présenter le régime de Kiev comme des nostalgiques de l'alliance de 1941 entre Ukrainiens nationalistes et occupants allemands, contre les Soviétiques. Ce qui est loin d'être aussi simple, mais la déclaration polonaise valide la thèse du régime russe. 

Il faut être Slave pour comprendre la force de certains symboles. Les rebelles russophones du Dombass arborent face aux forces de Kiev le ruban de Saint-Georges. Historiquement, ce ruban était la plus haute distinction militaire instituée par la tsarine Catherine II. Pendant la Seconde guerre mondiale, l'Armée rouge réutilisa ce ruban, pour revenir aux fondamentaux du sentiment national russe. Le message est clair: nous combattons le fascisme, nous "rejouons" la Grande guerre patriotique de 1941. A leur décharge, en face, certains Ukrainiens se livrent aux mêmes procédés. Peu au fait de cette situation, le magazine Elle a ainsi fait l'éloge d'une militante ukrainienne engagée contre les rebelles du Dombass, qui était ouvertement néo-nazie.



Résultat: de l'huile a encore été jeté sur le feu d'un conflit opposant des puissances rivales. Rien de nouveau à cela. Mais que cela soit fait en se servant de la mémoire d'Auschwitz, de la mémoire de la Shoah, là où le respect, et la décence devrait primer, cela est indigne. 


Gagnons un peu de hauteur, avec un extrait du témoignage de Hélie de Saint Marc, résistant déporté à Buchenwald:


Un homme nu, battu, humilié, reste un homme s’il garde sa propre dignité. Vivre, ce n’est pas exister à n’importe quel prix. Personne ne peut voler l’âme d’autrui si la victime n’y consent pas. La déportation m’a appris ce que pouvait être le sens d’une vie humaine : combattre pour sauvegarder ce filet d’esprit que nous recevons en naissant et que nous rendons en mourant. (Toute une vie)

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