Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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vendredi 23 janvier 2015

L'Arabie, c'est où, dites ?

Très âgé et malade, le roi Abdallah, souverain de l'Arabie Saoudite est décédé hier. Quelles perspectives pour ce pays riche en pétrole, abritant les lieux saints de l'islam, et jouant un rôle central au Moyen-orient ?

L'Arabie, pays des Saoud et du wahhabisme

 - Avant toute chose, rappelons cette donnée: l’Arabie saoudite (et son voisin le Qatar) a érigé le wahhabisme comme idéologie religieuse officielle. Une police religieuse, la muttawa (ou "hay'ah") opère pour assurer l'ordre moral islamique, sous l'égide d'une entité gouvernementale au nom poétique, le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. Ce dernier fait la chasse aux tenues "indécentes", aux "mauvais" musulmans, et aux chrétiens (Saoudiens convertis, Libanais maronites ou protestants,  Égyptiens coptes, ou encore esclaves philippins catholiques - nous y reviendrons). 

 - Le « wahhabisme » vient des enseignements de Muhammad ibn Abd al-Wahhab, réformateur de l’islam d’Arabie centrale, voulant revenir aux pratiques ancestrales de Mahomet. En 1744, il gagne à ses idées Muhammad Ibn Saoud, chef de tribu local, basé dans la région de l'actuelle capitale, Riyad. Ses descendants seront installés au pouvoir par les États-Unis en 1945, et dominent depuis l’Arabie « Saoudite ».


Allié des Américains... 

- A noter cet événement fondamental pour l'Arabie Saoudite : le 14 février 1945, un accord est signé entre le prince Ibn Seoud et l'agonisant président américain Roosevelt, le Pacte de Quincy (du nom du croiseur américain où la rencontre eut lieu). Les Etats-Unis s'engageaient à fournir des armes et leur soutien politique à la tribu des Seoud, en échange de généreuses concessions pétrolières. Le Pacte est l'assurance-vie de l'Arabie Saoudite, et fait la fortune des entreprises américaines. 

 - L'Arabie Saoudite et les Etats-Unis ont des intérêts stratégiques communs dans la région: combattre le nationalisme arabe "laïque" et socialiste (job done, avec la disparition de Saddam Hussein), et, actuellement, repousser l'influence chiite (l'axe Liban-Syrie-Irak-Iran). Cette dernière donnée est capitale: l'Arabie Saoudite est sunnite, mais a des minorités chiites sur son sol, et craint leur soulèvement au profit de l'Iran.

... et du djhadisme

 - Depuis les années 1980 (et avec la bénédiction de la CIA, tant qu'il s'agissait de tuer des "ennemis de l'Amérique": Soviétiques en Afghanistan, Irakiens au Koweït, Serbes en Bosnie, Russes en Tchétchénie, communistes au Yémen), l'Arabie Saoudite finance le djihad armé. Oh, pas en tant qu'Etat... Mais le pays favorise et encourage les dons privés de fortunes acquises à la cause djihadiste, notamment à travers des fondations islamiques caritatives et des ONG.

La ficelle est parfois trop grosse. En novembre 2013, dans son livre Le renseignement français, les nouveaux enjeux, l’ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini nommait directement des responsables gouvernementaux saoudiens comme mouillés dans ces financements. Parmi eux, Bandar Ben Sultan, chef des renseignements du royaume, jusqu’en avril 2014.

 - Comment s'en étonner, lorsqu'on constate que le djihadisme mondial partage la plupart des croyances wahhabites saoudiennes ? Le wahhabisme prône une application puritaine, rigoriste et littérale du Coran. Issu de l’islam sunnite, il prend pour cible les « hérétiques » chiites, alaouites… Il encourage le djihad armé. Il s’applique à détruire les lieux de piété, les sanctuaires de saints et les mausolées, par rejet de « l’idolâtrie ». Ceci explique les destructions par l’Etat islamique et autres djihadistes de mosquées et de tombeaux à Mossoul, en Libye, mais aussi… à Médine et à La Mecque par les autorités saoudiennes : des lieux liés à la mémoire du Prophète ont été détruits, laissant souvent place à des centres commerciaux (lisez, c'est édifiant...).

Un pays en 1789

- L'Arabie Saoudite est donc tiraillée entre son alliance avec l'Occident et son tropisme islamiste. Une déchirure à l'image de défunt roi Abdallah, soucieux de procéder à des avancées politiques (il rencontra même le Pape Benoît XVI, scandale pour un pays où le culte chrétien est interdit) et fidèle à l'agenda du clan qui se maintient au pouvoir à Riyad.


 - La société saoudienne est en 1789. Une caste ultra-privilégiée et riche à millions (et très peu "islamique" dans sa vie privée) détient le pouvoir. Ils vivent du pétrole, exploité grâce à d'innombrables travailleurs étrangers (Libanais, Égyptiens, Pakistanais...) voire d'esclaves, essentiellement Philippins. Ces derniers se voient souvent privés de passeport lorsqu'ils arrivent sur place. Chrétiens, ils sont durement persécutés par la chape de plomb wahhabite. 

Le régime saoudien a un objectif: détruire l'axe chiite pro-iranien, et donc faire en sorte que Bachar el-Assad tombe, et que l'Etat islamique (sunnite, et financé par les Saoudiens) continue de nuire à l'Irak chiite. 

Il a une peur: que sa propre population ne se soulève contre la tyrannie qui l'oppresse. Même une révolution islamiste de type "Frères musulmans" lui fait peur. Ce qui explique son empressement à soutenir les militaires égyptiens contre la confrérie islamiste, à l'été 2013.

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