Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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vendredi 23 janvier 2015

Syriza, les pigeons et la colombe

Ainsi, le futur homme fort de la Grèce, Alexis Tsipras, leader du parti de gauche radicale Syriza, serait un "Mélenchon grec" (dixit l'homme de science Cohn-Bendit). Autrement dit, un voyou, ou un messie, selon sa préférence européiste ou souverainiste, qui mettrait en péril l'Union européenne. 

Ils seront déçus. Alexis Tsipras, futur Premier ministre de Grèce dimanche, n'est plus un radical. C'est un social-démocrate réformiste, pragmatique, qui veut gouverner. Qu'on en juge:

  • Hier, son parti Syriza, issu de la mouvance communiste, militait pour la sortie de la Grèce de la zone euro. Il n'en est plus question aujourd'hui, à tel point que son fondateur Alekos Alavanos a dû quitter le parti en 2013, pour en créer un autre, fidèle à ses positions d'origine.


  •  Syriza réclamait une annulation de la dette. Aujourd'hui, Tsipras propose un étalement du paiement de la dette, négocié avec les 28 Etats membres de l'Union. 


  • Syriza est tenu aujourd'hui par un courant majoritaire social-démocrate, qui réunit de nombreux cadres issus du Parti socialiste (PASOK). Logiquement, le Parti communiste grec (KKE) a rejeté toute alliance avec les "opportunistes" de Syriza, et ce, depuis 2012. 


  • En visite aux Etats-Unis en 2013, Alexis Tsipras a pu rassurer le Brookings Institute, think-tank libéral: "nous sommes un parti pro-européen !". En mai 2014, il précisait encore cette position : "Je dis de toute la puissance de ma voix que l'appartenance de notre pays au camp occidental, son appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN, ne sont pas contestées."


  • Enfin, Alexis Tsipras a pris soin d'oublier que son parti réclamait la séparation de l'Etat grec avec l'Eglise orthodoxe. Celle-ci rassemble 96 % des Grecs, et jouit d'une puissance sociale considérable. Même si la presse occidentale dénonce les salaires du clergé payé par l'Etat qui pèseraient sur l'économie (ce qui est contestable, par rapport à toutes les fraudes), le peuple grec continue d'apporter sa sympathie à l'Eglise, qui offre un secours spirituel et matériel aux victimes de la crise.


Alexis Tsipras a donc fêté l'Epiphanie tout récemment avec l'archevêque orthodoxe Ieronymos, primat de l'Eglise grecque. Qu'en pense Mélenchon ? Et de cet éloge de Tsipras à l'égard de "Monsieur le pape" François ? "C'est le pontife des pauvres ! Nous devons continuer le dialogue entre la gauche européenne et l'Eglise chrétienne. Il faut créer une alliance œcuménique contre la pauvreté, les inégalités et la logique du marché et des profits qui passent avant le peuple". 

L'Esprit-Saint souffle sur la gauche radicale. 




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