Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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jeudi 12 février 2015

Guerre et paix à Minsk

Ainsi donc, un accord à été trouvé à Minsk, lors des négociations entre l'Ukraine, la Russie, l'Allemagne et la France. A l'heure actuelle, il prévoit un cessez-le-feu et le retrait des armes lourdes. L'intégrité territoriale de l'Ukraine est réaffirmée. Le duo franco-allemand, en pesant de tout son poids, est parvenu à imposer la ligne de la négociation plutôt que celle de la confrontation dure (voulue par le régime de Kiev, et les faucons américains). 




Poutine, de son côté, peut être satisfait. Un cessez-le-feu, c'est entériner que les rebelles du Dombass sont invaincus. Avec un peu d'habileté, Moscou va poursuivre son objectif: faire traiter le régime de Kiev avec les rebelles, ce qui équivaut à les reconnaître, et arracher une autonomie fédérale pour le territoire séparatiste.

Autre personnage qui se réjouit: le dictateur biélorusse Loukachenko (ex-dirigeant de kolkhoze qui a conservé le KGB après 1991). En accueillant les négociations dans sa capitale et en positionnant son pays comme neutre, il sort de l'isolement diplomatique, et peut avoir l'impression de traiter d'égal à égal avec Poutine (son obsession personnelle, mais aussi le seul moyen pour la Biélorussie, pauvre et dépendante du gaz russe, de ne pas être complètement satellisée par Moscou). 

Pourtant, rien n'est réglé. Les durs de l'Ukraine de l'Ouest vont hurler à la capitulation devant Moscou. Le régime de Kiev va peut-être saisir l'occasion du cessez-le-feu pour refaire ses forces, engranger les livraisons d'armes américaines (qui, on l'a vu, ne servent pas à grand-chose sur le terrain), et attendre les conseillers militaires US promis. Un cessez-le-feu avait déjà été signé en septembre 2014, mais il fut immédiatement violé.

Trois hypothèses, à ce stade:

  • Ou bien le conflit reprend, mais l'armée régulière russe, qui épaule depuis août dernier quasi-officiellement les rebelles du Dombass, aura le dessus sur les Ukrainiens.
  • Ou bien, par l'absence de solution politique, une guerre de position sans coup de feu se prolonge indéfiniment. Un nouveau "conflit gelé de l'espace post-soviétique" (s'il vous plaît) à la disposition des étudiants en géopolitique, aux côtés de la Transnistrie, l'Ossétie, le Haut-Karabagh... 
  • Ou bien, Moscou et ses alliés de circonstance allemand et français, tous unis contre la perspective d'une déflagration, parviennent à imposer à l'Ukraine et à son parrain américain une solution politique, soit une large autonomie pour les russophones. On parlera alors d'une vraie paix possible. 

Question bonus: qui, de Merkel et de Hollande, va revendiquer les mérites de cet accord de paix ? Il est probable que sur le plan international, la Chancelière sera perçue comme le véritable auteur de l'accord: elle n'a jamais joué à la confrontation avec Moscou, a plaidé pour une discussion entre toutes les parties, tout en signifiant à Poutine qu'elle n'était pas dupe. De son côté Hollande a joué la confrontation, en annulant la livraison des Mistral, et semble ne s'être rallié à la ligne conciliatrice que récemment. Dépourvu de l'aura de l'économie allemande, il ne sera sans doute salué qu'en France. 


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