Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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jeudi 26 février 2015

Les Pieds Nickelés et les Tartuffes


Il est assez futile de s'acharner et de s'exciter autour de la récente visite de quatre parlementaires français, connus pour leur indépendance jalouse (le député UMP Jacques Myard étant le prototype du franc-tireur), auprès de Bachar al-Assad. 


On se contentera de faire quelques observations, à tête reposée. 

 - Qui peut être assez naïf pour penser que les parlementaires français se soient rendus en Syrie sans l'assentiment officieux des services de renseignements, et donc de l'Elysée ? Se payer la tête des Pied Nickelés de Damas publiquement, mais les approuver, voire les mandater, en sous-main, cela n'a rien d'étonnant en diplomatie.

 - L'épisode rappelle un peu les manœuvres de Didier Julia, député UMP à l'époque des otages français détenus en Irak en 2004-2005. Notre homme, qui avait lié des contacts avec le régime de Saddam Hussein, se faisait fort de pouvoir prendre langue avec les anciens baasistes ayant rallié la rébellion irakienne. Officiellement, Didier Julia fut blâmé par le gouvernement pour ses barbouzeries. En réalité, son aide (quoique plus modeste qu'il ne s'en ventait) fut appréciée. 

 - Sur le plan symbolique, leur visite était réjouissante pour le régime syrien, qui savourait ses images brisant son isolement. Plus profondément, les réactions contrastées de la classe politique française (Fillon les approuvant, y compris même le très politiquement correct Lagarde, de l'UDI) prouvent que le regard sur le "diable" Bachar a changé.  Il est désormais acquis que le dictateur de Damas est un moindre mal, sinon un rempart face à l'Etat islamique.

 - Est-ce le début d'une inflexion diplomatique en faveur du régime syrien ? Jusqu'à présent, les Occidentaux, Israël, les monarchies du Golfe et la Turquie n'ont pourtant pas abandonné leur position pour un renversement d'Al-Assad. 

- Bachar al-Assad peut savourer, pour le moment, le retournement des médias occidentaux, passés de l'hystérie pro-rebelles en 2011 (vous comprenez, c'est qu'une nouvelle guerre d'Espagne contre le fascisme se déroulait en Syrie), reprenant pieusement les éléments de langage américains ("Bachar tue son propre peuple": cette expression toute faite - quel dictateur n'a pas déjà commis ce crime ? - a fait le tour du monde) à une attitude beaucoup plus mesurée aujourd'hui. Une hystérie qui a considérablement aidé la propagande djihadiste. 

 - Mais le régime syrien est-il pour autant un "bon cheval" sur qui parier ? Al-Assad et ses sbires ont volontairement fait libérer nombre d'islamistes de leurs geôles, dès 2011, pour favoriser l'avènement du futur Etat islamique, et diviser la rébellion syrienne. Il s'est désengagé de la moitié de son territoire, pour se replier sur les zones stratégiques. Le régime tient grâce au soutien de l'Iran et du Hezbollah libanais, unis pour repousser, à travers la rébellion, la manœuvre sunnite (turque et saoudienne) pour briser l'arc chiite que constituent Liban, Syrie, Irak et Iran. En Syrie, sa base de soutien est réelle mais étroite: les alaouites, les chrétiens, les Kurdes (qui ont toutefois leur propre agenda), le gros million de fonctionnaires servant l'Etat et la bourgeoisie sunnite de Damas. Suffisant pour survivre, pas assez pour l'emporter, à ce stade. La solution, disent les Russes, est de réconcilier l'aile modérée de la rébellion avec le régime.

- A noter que les services secrets syriens, les sanguinaires Moukhabarat, se font un malin plaisir depuis le début du conflit, en dépit de la rupture des liens avec Paris, d'abreuver en notes les Français, les prévenant consciencieusement dès qu'un ressortissant de l'Hexagone rallie le Djihad en Syrie. Histoire de dire: vous voyez que nous vous sommes toujours utiles. Qu'attendez-vous pour reprendre notre coopération contre l'islamisme ?

Il est vrai que, jusqu'en 2011, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant trouvaient commodes que les Syriens interceptent et arrêtent, voire torturent, les candidats français au Djihad en partance pour l'Irak...

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