Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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mardi 10 mars 2015

Israël: un Maïdan sans BHL

Peu en ont parlé, mais une immense manifestation s'est tenue à Tel Aviv, en Israël, le 8 mars dernier: entre 30 et 50 000 personnes se sont rassemblées Place Rabin, dans un meeting unitaire contre le Premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu. 

Tel Aviv, ville libérale et laïque, fief de la gauche israélienne (selon le clivage local: favorable à une coexistence pacifique avec les Palestiniens): le lieu n'est guère étonnant pour cette manifestation. Ce qui l'est, c'est le héros de ce "Maïdan israélien". Est-ce BHL ? Une figure gauchiste ? Une femme rabbin (oui, cela existe chez les Juifs libéraux) ? Une hippie ? 


Non. C'est l'ancien directeur du Mossad, Meir Dagan. Le général en retraite a exhorté les foules à sanctionner Netanyahu dans les urnes, coupable de menacer "le rêve sioniste", et de mener le pays à sa perte. 

Meir Dagan n'est pas un idéaliste pacifiste. Passé par les forces spéciales, vétéran de la guerre des Six-Jours, il avait une réputation telle que Ariel Sharon disait de lui que sa spécialité était de "séparer la tête du corps d'un Arabe". En poste de 2002 à 2010 à la tête du Mossad, il n'a pas fait de quartier. Il avait proposé à Sharon un plan pour écraser l'Intifada et dissoudre l'Autorité palestinienne. On lui doit quelques coups d'éclat, comme l’assassinat d’Imad Moughnieh, ponte du Hezbollah, en 2008, ou celui de Mahmoud Al Mabhouh, dirigeant du Hamas, à Dubaï en 2010. 


Bref, Meir Dagan est un patriote et un homme à poigne. Pourtant, son attachement viscéral à Israël le conduit à s'opposer à Benjamin Netanyahu depuis son départ du Mossad. Il considère que la guerre contre l'Iran que le Premier ministre a failli mener en 2011, et qu'il propose toujours au menu, est suicidaire pour l'Etat hébreu. Il affirme également qu'un Etat palestinien indépendant est nécessaire pour l'avenir d'Israël. Hérésies pour la droite israélienne, accrochée sur les colonies, et court-termiste, mais pragmatisme et réalisme. Il est dans l'intérêt d'Israël d'accorder rapidement un Etat aux Palestiniens, seule solution pour 1) éviter la perspective d'un apartheid ; 2) prévenir le surclassement démographique de la population juive par les Arabes dans un futur lointain ; 3) normaliser ses relations avec le monde arabe ; 4) assécher le terrorisme. 

Ce diagnostic est partagé par pas moins de six anciens directeurs du Shin Beit, les services secrets intérieurs, qui témoignèrent dans le documentaire The Gatekeepers, sorti en 2012. 

Mais Benjamin Netanyahu, et ses alliés, les "sionistes-religieux", défenseurs des colons, et les Juifs "russes", ex-soviétiques, laïques et très nationalistes, s'y refusent. Ils visent à annexer progressivement la Cisjordanie (en laissant quelques îlots à l'Autorité palestinienne), et à maintenir les frontières d'Israël sur le Jourdain. 

Pour vaincre cette coalition de droite, qui gouverne grosso modo le pays depuis 2009, la gauche et le centre (Parti travailliste et HaTnoua) se sont alliés dans l'Union sioniste. Ils font campagne contre l'isolement diplomatique d'Israël, mais aussi sur les conditions sociales, pour tenter de réveiller "l'été israélien" de 2012, qui fut le théâtre de manifestations gigantesques contre la cherté de la vie. 

A l'époque, cet "été israélien" avait ouvert un boulevard aux opposants de Netanyahu. Mais celui-ci avait tranquillement étouffé le mouvement, et servi son discours sécuritaire, pour tétaniser les électeurs. Va-t-il une nouvelle fois réussir à se maintenir au pouvoir ? Réponse le 17 mars. 

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