Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

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mercredi 18 mars 2015

Netanyahu, capitaine incontesté du Titanic

Les médias français avaient beau espérer jusqu'au bout la victoire de la gauche israélienne, affirmer que Netanyahu, au pouvoir depuis 2009, était à bout de souffle, il n'en a rien été. Avec 29 ou 30 sièges, son mouvement, le Likoud, est le premier parti représenté au Parlement israélien, la Knesset. 

Benjamin Netanyahu est conforté dans son pari, gagnant depuis 2009: avec un talent certain, il se démène sur le plan extérieur pour agiter les menaces qui pèsent sur Israël, donnant ainsi le sentiment aux électeurs israéliens qu'ils sont bien défendus sur la scène internationale. Sur le plan intérieur, il fait preuve d'une inflexibilité à toute épreuve contre les Palestiniens, et apparaît comme le rempart le plus efficace contre le terrorisme.

  • Le social contre la sécurité

Le point faible de "Bibi" Netanyahu ces dernières années aura été de sous-estimer la prise en compte des thématiques sociales de la part des électeurs israéliens: le prix de l'immobilier, la cherté de la vie, les monopoles sur les produits de base, la montée des tensions entre Juifs laïques et Juifs religieux (les premiers voulant imposer aux ultra-orthodoxes d'accomplir leur service militaire, et réclamant plus de laïcité). Ces thématiques, qui sont aussi le signe que la population israélienne devient indifférente aux Palestiniens, et se recentre sur elle-même, ont suscité le succès de deux partis centristes et laïques, Yesh Atid, et Koulanou (10 sièges chacun), qui seront sans doute amené à jouer un rôle dans la coalition à venir.

Mais in fine, "Bibi" a toujours su manier la corde sécuritaire émotionnelle pour parvenir à ses fins. Les électeurs israéliens, traumatisés par la guerre et le terrorisme, ont besoin d'être rassurés. Outre le succès du Likoud, son principal allié, le parti des "sionistes-religieux" et des colons, le Foyer Juif, obtient le score honorable de 8 sièges. 

  • Chute du bloc ex-soviétique


En revanche, un autre de ses alliés, le parti des" Juifs russes", Israel Beitenou, chute à 6 sièges, alors qu'il en comptait 15 en 2009. Cela confirme le déclin du leader du parti, et ministre des Affaires étrangères sortant, Avigdor Lieberman, hier grand rival de Netanyahu, aujourd'hui affaibli, et réduit à faire de la provocation anti-arabe et anti-musulmane (notamment en distribuant... Charlie Hebdo. Message inflammable pour toute la communauté islamique). Les "Juifs russes", immigrés d'ex-URSS, sont entre 700 000 et 1 million en Israël (sur 8 millions d'habitants). Ils sont nationalistes, mais laïques (revendiquant le mariage civil, tabou en Israël), peu religieux, voire secrètement chrétiens orthodoxes. Le parti Israel Beitenou les a déçu par sa corruption, et leurs voix se sont reportées sur le Likoud. En outre, les jeunes "russes" émigrent en nombre vers le Canada et les Etats-Unis. 

Le Likoud parviendra donc à reformer une coalition avec les "Russes" et le parti des colons. Sans doute s'alliera-t-il également à l'un des deux partis juifs ultra-orthodoxes, en s'adressant au Shass séfarade plus qu'au Judaïsme unifié de la Torah ashkénaze. Le Shass est en effet plus coopératif pour participer à la vie politique, alors que le second refuse de prêter serment à l'Etat d'Israël, création humaine qui s'oppose aux plans de Dieu. Mais le Shass refusera toute réforme du service militaire pour y inclure les Juifs ultra-orthodoxes, alors que Netanyahu, pour s'attirer les voix des Juifs laïques branchés, et pour gonfler l'armée israélienne, y est favorable. 

  • L'Etat palestinien mort et enterré 


Pour ce que les diplomates appellent pudiquement le "processus de paix", ces élections confirment une tendance de fond. L'Etat palestinien, auquel Netanyahu s'est officiellement opposé pendant la campagne, ne verra jamais le jour. Le Likoud, les colons et les "Russes" veulent poursuivre leur politique du fait accompli, qui conduira à l'annexion de la Cisjordanie. A court terme, c'est sans doute rassurant pour les électeurs. A long terme, cela est nocif pour l'Etat d'Israël, qui court le risque de continuer de faire le lit du terrorisme, et d'être dépassé par la démographie arabe à l'avenir. 

Netanyahu reste le capitaine incontesté et populaire d'un beau navire. Mais qui n'avance qu'à la lanterne du court terme, sans songer aux icebergs du futur. 

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