Après avoir erré longtemps dans la brousse, il atteint un village où se dresse une potence: "Dieu soit loué, me voilà en pays civilisé !"

- Jonathan Swift

h

h

mercredi 24 juin 2015

La banalité du renseignement

"Cela ne se fait pas entre alliés de s'espionner". Baratin. Les nations n'ont pas d'alliés, pas d'amis. Elles n'ont que des intérêts. Washington l'a bien compris, et l'assume. Paris le sait, mais fait mine d'être au-dessus de ces basses combines. Hélas, la géopolitique, comme l'histoire, n'est pas la morale.

Les États-Unis ne se gênent pas pour nous espionner, y compris au plus haut sommet de l’État, et pour entretenir leurs cellules de renseignements sur notre territoire. Et notre douce France ne se prive pas d'insonoriser les hôtels parisiens des équipes de Boeing venues négocier des contrats.

C'est finalement ça, le plus gênant: que l'appât du gain et les entreprises cèdent le pas au renseignement politique ou idéologique. Le Traité transatlantique, c'est quand même beaucoup moins classe que les combines de la guerre froide.

Soyons honnêtes: comme personne n'est dupe, les échanges de renseignements sont monnaie courante. Les États-Unis sont assez généreux pour donner aux Français des informations relatives aux groupes djihadistes qui menacent les deux pays. L'Algérie, qui a truffé nombre de réseaux islamistes d'indics et d'agents doubles, fait de même avec l'ancienne puissance coloniale honnie: la veille de l'attaque de Charlie Hebdo, les renseignements algériens avaient prévenu qu'un attentat islamiste serait perpétré à Paris. Car c'est l'existence d'un ennemi commun, plus que des affinités politiques, idéologiques, philosophiques, spirituelles, qui met en place les systèmes d'alliances.

On n'apprendra donc rien de ces "révélations" de Mediapart et Libération, si ce n'est que, paradoxalement, à ce niveau d'espionnage entre "alliés", une des règles de base de la diplomatie, la réciprocité, s'en trouve respectée. 
 
En espionnant, les États-unis exercent leur puissance. Si la France voulait exercer la sienne, pour s'affirmer, elle demanderait l'arrêt des négociations du Traité transatlantique, ne serait-ce que pour taper du poing sur la table. 
 
Si la France voulait, elle se retirerait de l'OTAN, cette alliance militaire qui n'a plus de raison d'être depuis la chute du bloc soviétique, et qui est un instrument exclusif de la politique extérieure américaine.

Si la France voulait.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire